Le gouvernement réduit de 75% le coût du traitement de l’hépatite

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Officiellement, le gouvernement a décidé de réduire de 75% le coût du traitement de l’hépatite C à base de Sofosbuvir + Velpastavir 400/100 mg. Il passe ainsi de 100 000 à 25 000 Fcfa. L’annonce est contenue dans un communiqué du ministère de la santé publique (Minsanté), signé le 27 octobre 2020. Manaouda Malachie y explique que cette décision rentre dans le cadre de l’amélioration de l’accès aux traitements contre les hépatites virales « et au regard des stocks des médicaments actuellement disponibles ». D’après notre investigation, il ressort que certains Centres de traitements agréés (CTA) disposent encore d’un lot important dudit médicament dont la date de péremption était fixée au mois d’octobre qui vient de s’écouler tel que l’indique le stock auquel nous avons pu avoir accès. « Le lot disponible de la Cename est faible. La préoccupation c’est d’abord l’utilisation des stocks qu’on a dans les CTA », confirme une source proche du dossier au Minsanté.En réalité, ce que le Minsanté ne dit pas, c’est que cette alternative offerte aux patients cache une double menace qui pesait sur ce lot de médicaments précisément : celles de péremption et de rupture de stock. « Etant donné qu’au niveau de la Cename nous ne disposons pas de nouveaux stocks de ce protocole et dans le but d’assurer la continuité des soins de ces patients qui sont sous ce protocole-là, on leur a proposé une alternative : soit ils attendent la commande nationale parce que les nouvelles procédures ont déjà été initiées et la procédure suit son cours ; soit on vous réduit de 75% les coûts pour faciliter l’écoulement de ce stock, l’accessibilité du médicament et assurer la continuité des soins », explique une source ayant requis l’anonymat au sein de ce département ministériel.

Et celle-ci de préciser que cette réduction n’est valable uniquement que pour ce lot en particulier, en attendant que les procédures d’approvisionnement en nouveau stock soient effectives. « Cette effectivité va faire en sorte que les prix reviennent à leur standard initial », précise notre source. C’est-à-dire, 100 000 Fcfa. Suffisant aux yeux de notre source, d’y voir une belle occasion de « Renforcer l’accessibilité financière de ce protocole ». Soit. La fiche de consentement écrite demandée aux malades est l’autre curiosité et point querellé par cette décision ministérielle. Le communiqué du Minsanté stipulait en effet que les personnels des CTA devaient au préalable proposer et obtenir après sensibilisation, la fiche de consentement éclairée du patient.

« Ce n’est pas une procédure forcée. Les malades doivent être sensibilisés pour qu’ils comprennent de quoi il est question et qu’ils puissent prendre une décision en toute connaissance de cause. Donc, le consentement c’est pour se rassurer que le malade a pris conscience de cet état des choses et qu’il s’engage malgré tout à le prendre, au vue de la double opportunité qui lui est offerte c’est-à-dire assurer d’abord la continuité des soins et rendre le cout réduit du traitement», dit notre source. Par ailleurs, le malade « doit savoir qu’il n’y a pas un autre lot disponible de ce médicament. Donc soit il reste en attente que les mécanismes aboutissent et qu’on mette à leur disposition un nouveau lot, soit il prend l’initiative éclairée d’avoir accès à ce médicament qui est en voie de péremption », informe le médecin.

Date de péremption à problème

Il n’en fallait pas plus pour jeter le trouble dans les esprits des usagers. En effet, même si l’affaire ne fait pas encore grand bruit, elle n’est pas passée inaperçue. De part et d’autre, des voix au sein de l’opinion publique nationale et même dans le milieu médical se lèvent depuis quelques jours, pour dénoncer le caractère « périmé » de ce produit dont la date d’expiration était fixée au mois d’octobre 2020. « La date de péremption n’est qu’une date où le laboratoire qui conçoit la molécule dit qu’à partir de cette date, je ne suis plus garant de tout ce qui peut arriver. Mais ça ne veut pas dire que le médicament n’est plus efficace ou que son principe actif ne peut plus avoir l’effet escompté. Nous avons eu des échanges avec le laboratoire. Même après date, ce médicament peut encore être utilisé même après 4 mois parce que le principe est toujours actif », se justifie la source du Minsanté.

En fait, « Au moment où on élaborait la note, le médicament était en voie de péremption », confie celle-ci. La pprocédure a été engagée à la 2e semaine du mois d’août, informe une autre source proche du dossier. « Le seul dommage que nous déplorons c’est que la procédure a mis plus de temps que prévu pour être validée », avoue-t-elle. Et de réitérer que, « L’idée derrière était de faciliter et de renforcer la prise en charge des malades souffrants d’hépatite virale C. C’est un protocole d’un mois. Ce qui est sûr, c’est que le patient se trouvera dans une phase où il sera amené à consommer ce médicament après échéance ».

Risque pour les patients à négliger ?

Ce médecin reconnaît néanmoins que « Ce n’est pas conseillé de manière générale de consommer le médicament dont la date de péremption est arrivée à expiration. Mais on peut être amené à le faire de manière exceptionnelle comme c’est le cas en ce moment où on n’a pas encore un nouveau stock à disposition ni un autre lot. Celui-ci est le seul dont nous disposons dans ce protocole ». Poursuivant sa plaidoirie, il argumente en disant que tout médicament a toujours un risque pour les patients. Seulement, « On pèse le rapport entre le risque et le bénéfice. Donc un médicament qui est en voie de péremption ou que la date de péremption ne date pas, le risque est sensiblement le même qu’un médicament qui est encore valide. C’est juste une appréhension du malade », éclaire ce dernier.

Et de manière concise, « Ce que nous attendons du personnel c’est de sensibiliser les malades. Ce consentement couvre le malade et nous couvre aussi», poursuit notre source. Toutefois, « Ce n’est pas une façon de nous dédouaner de toute responsabilité. Nous voulons juste nous rassurer que le personnel a fait son travail et que le malade est conscient de sa décision. Le patient doit comprendre que c’était pour l’aider et non pour le nuire ni lui faire prendre des risques majeurs », ajoute-t-elle. Et de conclure que : « Ces médicaments sont homologués et leur efficacité n’est plus à prouver. Ce sont des médicaments qui ont reçu des qualifications pour ce traitement sur le plan international et national et ils sont utilisés depuis plusieurs années ». Du coté de la Direction de la pharmacie, des laboratoires et du médicament, une source confie que « Nous avons eu une séance de travail avec une firme pharmaceutique», pour trouver des alternatives pérennes.

En rappel, l’hépatite virale est l’un des principaux problèmes de santé publique au Cameroun. Environ 10 000 personnes en décèdent chaque année. Des cinq types distincts d’hépatite virale (A, B, C, D et E), celles B et C causent 95% des infections et des décès. Le Cameroun est l’un des pays les plus touchés en Afrique et dans monde, avec une prévalence de 8,3% pour l’hépatite B et 13% pour l’hépatite C.

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