La Covid-19 : Une double psychose pour les déplacés internes du NOSO

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Nouvel environnement

La crise humanitaire qui affecte les populations du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun, a amené les habitants de ces régions à se déplacer vers d’autres zones francophones et des pays voisins comme le Nigeria. Cette migration vers les zones et régions nouvelles a créé en eux une nouvelle façon de vivre, puisqu’ils se trouvent dans une nouvelle aire environnementale. Ce qui n’est pas surtout aisé. On est forcé de rester en contact avec les autres ou bien de mener une vie solitaire. Les déplacés Internes doivent s’adapter à un nouvel entourage, à de nouvelles personnes, à de nouvelles façons de se comporter, à de nouvelles façons de vivre puisqu’ils ne sont pas dans leur environnement habituel. Ce métissage culturel et cette obligation de s’adapter au fameux « Vivre ensemble » crée des psychoses sur les victimes.

Violence et phobie dans les terres d’accueil.

Vivre avec la violence

Les IDP ont vécu dans leurs régions d’origine, des tortures diverses. Ils ont été témoins oculaires des tueries et des tortures. Ainsi, la perte des membres des familles (leurs propres enfants, leurs mamans, leurs épouses, leurs maris, leurs amis) et autres êtres chers, sont autant de violences psychologiques qui ont créée en eux des traumatismes. Il ne faut pas oublier qu’ils ont vu leurs maisons et tous leurs biens, leurs actes de naissance et autres documents personnels être brulés et donc souvent l’avenir durablement compromis. Le fait pour eux de passer des nuits sous les vents et les marées, dans les brousses et des maisons abandonnées et précaires ; le fait pour eux de mener une vie de nomades, en étant hébergés de maisons en maison, accompagnés chacun de nombreux enfants et de bébés incapables de marcher, a créé une dépression en eux. Avant de se déplacer de leurs origines, la vie des IDP était jonchée d’obstacles graves. Mères et enfants en parcourant des kilomètres à la recherche des refuges, en abandonnant tout ce qui leur appartenait. Certains jeunes encore, en abandonnant leurs activités initiales (diplômes être calcinés, références détruites), dans l’incapacité de reprendre selon les règles de l’art, ont honte de mener la vie de mendiant et par conséquent, se sont jetés dans la drogue et la consommation des autres stupéfiants pour avoir le courage de mener cette nouvelle vie indécente.

Vivre avec la phobie

Quant à leur terre d’accueil, il faut savoir que le problème du NOSO étant une question politique, les victimes de conflits, déplacés, restent dans la peur totale. Leurs conditions de vie constituent une frustration pour certains. On a vu deux couples du NOSO divorcer dans les villes d’accueil, suite à l’incapacité financière du chef de famille pendant cette crise. Quand l’homme n’arrive plus à assumer ses responsabilités et que la femme croit trouver mieux ailleurs, c’est le chaos total dans la famille. L’homme en même temps doit s’occuper des enfants en se trouvant un autre emploi. Ce qui n’est pas évident. Les déplacés Internes dans des zones d’accueils, se cachent et refusent de se faire identifier par autrui qu’ils considèrent comme « le gouvernement », puisque certains membres de leurs familles (conjoints, amis, copains) ont rejoint le camp opposé pendant leur fuite. C’est ainsi qu’ils restent la porte fermée, accroupis dans un coin, prêt à refuser même des dons pour leur épanouissement si rien n’est fait pour changer leur état psychologique. On a trouvé des enfants perdus dans la rue ou bien qui ont appris à manifester des fugues scolaires, puisqu’ayant autrefois abandonné l’école pour un ou deux ans à cause de la crise. Ils sont désormais habitués à rester à la maison ou bien à déambuler dans les quartiers. Ce qui fait qu’en terre d’accueil, l’école n’est plus pour lui une priorité. Il rejoint alors les enfants de la rue et se retrouve de manière régulière à la police, un récidivisme de fugues des familles d’accueil. Ils sont dans ce sens exposés aux crimes diverses avec cette insécurité grandissante. En bref naturellement, la terre d’accueil est une terre à problème pour les déplacés Internes.   

Quid de la pandémie à COVID -19 dans la psychose ?

Cette pandémie est atroce et ingrate. C’est une terreur pour les humains vulnérables. Elle décime à grande échelle les populations connues et inconnues. Avec l’avènement des réseaux sociaux, les déplacés internes sont au parfum de toute information concernant les victimes directs et indirects de la COVID. Ils sont des victimes de cette maladie pour deux raisons :

La promiscuité

D’abord à cause de la promiscuité puisqu’en matière de prévention de la COVID, il est conseillé de vivre dans un environnement aéré. En réalité on trouve des camps de déplacés internes à Dschang et d’autres terres d’accueil. Des maisons où on trouve au moins trois familles dans une même chambre, composée d’adultes et enfants ; matelas au sol sans couvertures ni autres literies. La contamination d’une personne entraine beaucoup de victimes à cause du surpeuplement. On comprend pourquoi toute une famille peut se retrouver à l’hôpital à la fois avec toutes les conséquences y afférentes.

La peur, le stress et la misère

Ensuite, les IDP sont des victimes de la COVID-19 du fait de la peur et du stress qu’elle produit en eux. Les IDP doivent concilier leurs nouvelles conditions de vie avec la prévention de cette maladie. Pendant que le milieu de promiscuité, est un milieu fermé qui étouffe par l’insuffisance de l’air pur, il faut se conformer au port des «cache-nez» appelés couramment «masques». Etant donné que beaucoup de IDP font la mototaxi et c’est hors de leurs maisons qu’ils respirent l’air pur, les exigences sécuritaires qui les obligent à porter le «masque» deviennent un cauchemar pour eux. Par conséquent, ils sont psychologiquement et moralement affectés.

Quand le COVID s’installe chez les IDP, même si le gouvernement et «les bonnes volontés» ont rendu gratuit le traitement, il faut un budget additionnel pour enrichir son alimentation et booster les anticorps à assurer la défense de son organisme pendant le traitement. Pendant ce temps, leur condition de vie ne leur permet pas de respecter toutes les astuces de la prévention, par conséquent, la COVID est fréquent chez eux.

Les IDP sont caractérisés par cette attitude de colère et d’impulsion, de rejet avec des discriminations pour les uns, de déni, de repli sur soi, d’angoisse chez les autres ; ce qui crée des maladies visibles compliquées à traiter si la guérison psychologique n’est pas d’abord assurée.

Tout ce qui est évoqué plus haut, permet de comprendre que les IDP ont besoins d’un soutien matériel et financier, d’un soutien psychoaffectif et moral. Raisons pour lesquelles nos activités consistent en leur accompagnement dans ce sens, malgré l’absence de financement. Nous faisons donc un travail d’écoute attentive, d’assistance et d’accompagnement dans la recherche des solutions à leurs problèmes parmi lesquels ceux sus-évoqués.  Les IDP étant des Personnes victimes des traumatismes, nous leur faisons l’écoute/conseil/entretien, un accompagnement psychosocial fait de beaucoup d’affection, en évitant le rejet et la stigmatisation. A cause de leurs conditions de vie précaire, nous leurs offrons des vêtements, des appuis scolaires et nutritionnels, des appuis et initiation aux AGR. CIBAEEVA les accompagne à trouver du travail ou bien de quoi s’occuper.

Nous pensons qu’en plus de la prise en charge financière et matérielle des IDP, les causeries éducatives, des visites à domicile, des marques régulières d’affection, des entretiens interpersonnels, de l’encadrement ludique par des contes, des chants, danses, historiettes et manipulation des jouets, des ballades et des découvertes de lieux exotiques (mers, espaces touristiques…) et des lieux reposants pour exprimer l’affection, etc ; sont des activités à mener par les OSC que nous sommes, pour donner une réponse adéquate aux souffrances des IDP et autres personnes vulnérables. Toutes ces activités contribuent à assurer la santé psychologique des personnes vulnérables et donc des IDP.

Notre engagement

Cet article rend compte de l’expérience et de l’engagement propre de CIBAEEVA en tant qu’organisation communautaire, sur l’encadrement des IDP et d’autres personnes vulnérables. Cette expérience vient des faits observés et pratiqués sur le terrain en communauté par notre association. Ce qui peut être implémenté par d’autres Organisations dans leurs ressorts de compétence. Les IDP étant vulnérables encore au COVID, nous appelons l’attention des uns et des autres et nous aimerions que la cible vulnérable soit accompagnée par les OSC pour leur rassurer de leur sécurité, pour combattre en eux l’esprit de peur et de replis sur soi et développer leur estime de soi quel que soit le lieu où ils se trouve. L’accompagnement et les loisirs ne sont donc pas à négliger dans leur processus d’encadrement et, il faut chaque fois se mettre à la place des victimes dans toute circonstance d’accompagnement « se comporter envers lui tel que tu aurais voulu que l’on le fasse avec toi ».

Abbreviations :

IDP= Internally Displaced person, expression anglophone pour nommer les populations Déplacés Internes suite à la crise du Nord-Ouest et Sud-Ouest

NOSO : Nord-Ouest et Sud-Ouest.

AGR= Activités Génératrices de Revenues

Article rédigé par Mme ATEUFACK Lucienne

MasterI en psychopathologie de l’enfant

Présidente de l’Association CIBAEEVA

Promotrice de l’orphelinat CIBAEEVA

BP 181 Dschang-Cameroun

Tel : 00237 67771 48 90/696 89 45 20

Facebook de l’association : association cibaeeva

Facebook de l’orphelinat : orphelinat cibaeeva orphanage

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